Les gloires du Cyclisme à Guernes

Auberge velos

De 1870 à 1964, un bac traversait la Seine de Guernes à Rosny-sur-Seine. Du côté de Guernes, ce bac partait ou aboutissait au retour au pied de l’auberge du « Bon Accueil ». Le passeur, Charles Vautier, dit l’amiral, entretenait de cordiales relations avec Francis Pélissier, ancien coureur cycliste et propriétaire d’une brasserie à Mantes-la-Jolie.

Francis Pelissier 1920
Francis Pélissier - Coureur cycliste

Francis Pelissier directeur sportif
Francis Pelissier - Directeur sportif

Propriétaire d’une brasserie à Mantes ce qui explique peut-être ses relations avec le passeur de Guernes, Francis Pélissier, champion de France sur route en 1921, 1923 et 1924, devint directeur sportif de l’équipe cycliste « La Perle » de 1946 à 1955.

Brasserie  Francis Pelissier Mantes la Jolie
La brasserie Francis Pelissier à Mantes-la-Jolie

Aussi, il n’y a pas à s’étonner que Madame Vautier, épouse du passeur et exploitante de l’auberge du « Bon accueil » de 1935 à 1972, témoigna en 1986 de quelques coureurs de renom fréquentant l’auberge à cette époque.

Auberge du bac à Guernes
Auberge du bac à Guernes - Dessin de Gérald Pritchard diplômé des Beaux Arts et des Arts Appliqués de Paris

Parmi les champions cyclistes qui passèrent à l’auberge de Guernes, elle se souvenait du sympathique Marseillais Raoul Rémy, professionnel de 1947 à 1957, et engagé dans l’équipe « La Perle » de 1948 à 1950. celui-ci participa neuf fois au Tour de France, de 1947 à 1955, en gagnant la cinquième étape La Rochelle-Bordeaux en 1948 et la treizième étape Monaco-Aix-en-Provence en 1952.

Raoul Remy
Raoul Rémy

Madame Vautier gardait aussi un bon souvenir de l’Italien naturalisé Français, Paul Néri, champion de France des amateurs en 1942, membre aussi de l’équipe « La Perle » de 1948 à 1951. Il s’engagea quatre fois dans le Tour de France et passa par Guernes et son auberge pour venir s’entraîner sur les routes du Vexin qui offrent de belles montées dès que l’on quitte la vallée de la Seine pour atteindre les plateaux environnants qui ne manquent pas d’être eux-mêmes accidentés.

Paul Neri
Paul Néri

Ayant signé un contrat avec l’équipe « La Perle » en 1954, Maurice Diot séjourna également à l’auberge du « Bon Accueil » à Guernes, Surnommé « le teigneux » dans le peloton, il courut six Tours de France de 1947 à 1955, en gagnant la vingtième étape Saint-Brieuc-Caen en 1947.

Maurice Diot
Maurice Diot

D’autres champions cyclistes laissèrent des cartes publicitaires à l’auberge du bac, comme Louis Aimar, vainqueur du Grand Prix des Nations en 1938 ou René Berton qui remporta la même épreuve en 1948. En outre, l’aubergiste gardait aussi le souvenir d’un cycliste agréable et de grande talent : le pistard Roger Godeau membre de l’équipe « La Perle » de 1951 à 1954. D’ailleurs en 1951, il devint champion de France de demi-fond, victoire qu’il renouvela en 1960 ce qui marque sa longévité au premier rang dans cette spécialité en renouvelant son exploit une décade plus tard.

Louis Aimar
Louis Aimar

Rene Berton
René Berton

Roger Godeau
Roger Godeau

En outre, des champions cyclistes étrangers aux victoires éclatantes fréquentèrent l’auberge du bac à Guernes. Ce fut le cas de l’Espagnol Bernardo Ruiz engagé dans l’équipe « La Perle » en 1952 et 1954. Bernardo Ruiz put s’enorgueillir d’une carrière cycliste au palmarès remarquable puisqu’il devint quatre fois champion d’Espagne sur route et même en 1958 champion d’Espagne de la montagne. Il participa aussi à huit Tours de France de 1949 à 1958. Au Tour de France de 1951, il s’adjugea deux victoires d’étape à Brive et à Aix-les-Bains.

Bernardo Ruiz 1954
Bernardo Ruiz

Sans conteste, le plus célèbre et de loin de ces étrangers reste le Suisse Hugo Koblet surnommé le « Pédaleur de charme », grâce à son élégante allure sur sa machine, mais aussi à cause du soin qu’il prenait de sa personne en particulier aux arrivées dissimulant sur lui une petite éponge et un peigne. Hugo koblet intégra la formation « La Perle » en 1951-1952 et en 1955. Il gagna trois fois le Tour de Suisse, une fois le Tour d’Italie et le Tour de France en 1950 mais encore le Grand Prix des Nations en 1951.

Hugo Koblet 1952 1954
Hugo Koblet

Enfin, d’autres coureurs français , des plus célèbres, connurent le bac de Guernes, comme le légendaire, André Darrigade qui courut pour « La Perle » de 1952 à 1955. André Darrigade cumula vingt-deux victoires d’étape sur les Tours de france des années 1953 à 1964, autre exemple de longévité dans le succès.

Andre Darrigade
André Darrigade avec le maillot jaune en 1956.

Cependant, le plus célèbre et connu de tout le public français, Louis Bobet, encouragé aux cris de «Allez Louison » diminutif marquant sa grande popularité fut trois fois vainqueur du Tour de France en 1953, 1954 et 1955. Aux dires de madame Vautier, il « passa moins souvent » à l’auberge ». Même si ce souvenir paraît plus incertain, il reste fort probable car Francis Pélissier, doué pour détecter les futurs talents, avait essayé d’intégrer dans son équipe le jeune Louis Bobet.

 Louison Bobet
Tour de France. Louison Bobet (Frankrijk) 4 juli 1951

Par conséquent, pour la plupart membres de l’équipe « La Perle » (La Perle étant la marque d’un fabricant français de cycles grand public mais aussi de course et son équipe servait de publicité à l’entreprise), ces champions cyclistes ont emprunté le bac à Guernes et séjourné à l’auberge du « Bon Accueil » dans les années 1950, au moment où certains réalisaient les meilleures performances de leur carrière en ayant profité de leurs entraînements sur les routes de la Seine-et-Oise aujourd’hui devenue Yvelines dans le Mantois notamment.

Sources :

La principale source réside dans l’enregistrement en 1986 sur cassettes audio des souvenirs de Madame Vautier qui exploita l’auberge du « Bon Accueil » en particulier dans les années 1950 tandis que son mari Charles Vautier le passeur assurait la traversée de la Seine par le bac. À noter que cet enregistrement fut effectué par Madame Poisson institutrice en résidence à Guernes.

Recherches sur internet : presse sportive de l’époque, carrière des coureurs, légendes des champions de la route, de la montagne du sprint et de la piste.

Jean-François LOUDCHER, Monica ACETI « Le mythe Koblet/Kubler » 1945-1964 entre le local et le global (sciences sociales et sport 2009).

Auteur de l'article : Jean-Paul Landrevie, membre de Les Amis du Mantois, professeur honoraire d’histoire.