La Fête des Cerises à Guernes

Exposé de Jean-Paul Landrevie (professeur d’histoire honoraire), au congrès départemental d'histoire qui a eu lieu le 13 octobre 2018 à Saint-Germain-en-Laye. Cette contribution a été publié dans les Actes de ce Congrès.

Dessin Gérald Pritchard 1170
Dessin original de l'illustrateur Gérald Pritchard publiable avec l'aimable autorisation de l'artiste

Les origines de La Fête des Cerises

La culture des cerisiers

S’il y eut, à Guernes, Fête des Cerises, c’est qu’à Guernes cerises il y avait, comme l’eut pu dire monsieur Jacques de Chabannes seigneur de La Palice. Toutefois, l’anachronisme ayant ici cédé à la figure de style, il convient de préciser que Guernes ne pratiqua l’arboriculture des cerisiers qu’à la fin du XIXème siècle. L’épidémie de phylloxéra qui frappa les vignes de la région vers 1880 provoqua, à Guernes, le remplacement de cette production spéculative par d’autres, dont la cerise. Les cultivateurs guernois surent alors diversifier, et leurs réseaux commerciaux et leurs productions spéculatives, puisque s’ajoutèrent à la cerise, les petits pois, l’asperge et les prunes, tant à destination d’un marché local que d’un marché global. À la saison, profitant du bac assurant la traversée de la Seine entre Guernes et Rosny, étape ferroviaire sur la ligne reliant Paris au Havre, des grossistes achetaient ces cerises, préparées en plateaux, qui s’exportaient vers les grandes villes et même vers l’Angleterre. Ainsi, à la fin du XIXème siècle, la plantation de cerisiers se répandit progressivement sur le plateau et les coteaux de Guernes, constituant de véritables vergers. Vers 1930, à Guernes, une cinquantaine de producteurs de cerises cultivaient des variétés aussi diverses que la Guigne de Mai ou Guigne noire, hâtive à gros fruits, la Cerise rouge de Mai, la Cerise de Montmorency, la Cerise anglaise, destinée à la confiture, le Bigarreau «cœur de pigeon», gros et ferme, et le Bigarreau «Napoléon» ou encore la Guignolet cerise à croquer tardive petite, ferme mais très sucrée.

L’effondrement de l’église

Pourtant, les origines de La Fête des Cerises à Guernes se trouvent non seulement, bien entendu, dans l’arboriculture des cerisiers, mais encore à travers un événement marquant de l’histoire communale. En effet, le 10 janvier 1924, un peu plus d’une heure après l’angélus de midi, le clocher s’effondra sur la nef de l’église, ruinant à tout jamais cet édifice du XVIème siècle. Désormais et ce pour trente ans, c’est-à-dire jusqu’en 1954, Guernes devint un village sans église, une paroisse sans culte. Tels de modernes Hébreux menés par quelque Moïse, les paroissiens guernois devaient franchir la Seine et traverser la route de Paris à Rouen pour enfin gagner l’église de Rosny. Aussi, à partir de l’été 1942, comme les adeptes d’un culte persécuté, les fidèles abritèrent une foi presque clandestine, au fond d’une grange guernoise. Telle était la situation de l’ecclesia, de l’Église guernoise, paroissiens, desservant, mobilier et immobilier religieux compris, à l’arrivée après 1945 d’un événement providentiel.

Abbe  Clement Grouet 300

Le vœu de l’abbé Grouet

Curé après 1945 d’une paroisse à l’église de 1520 en ruine depuis plus de vingt ans, l’abbé Clément Grouet (1911-1957) se voua à en rebâtir une.

En 1953, dans le bulletin paroissial de Guernes, intitulé Présence, l’abbé Grouet exprimait sa détermination en ces termes : « Le premier jour où je suis entré dans mon église en ruines, après avoir crocheté la porte et m’être avancé dans le dédale des poutres, des herbes et des gravats, la statue de la Vierge, renversée et brisée au pied de ce qui fut son autel, me bouleversa d’émotion et de peine. Je formai alors le vœu de réparer cette offense à Marie et de rebâtir une église en son honneur ».

Par conséquent, cette détermination, cette volonté inflexible, ce vœu de l’abbé Clément Grouet furent à l’origine de la reconstruction d’une église à Guernes, à l’emplacement de l’ancienne. Engagée en 1948, cette entreprise n’aboutit qu’au bout de six ans.

Le dimanche 10 janvier 1954, trente ans jour pour jour après l’effondrement de la précédente, Monseigneur Renard, évêque de Versailles[1], consacra, sous le vocable de l’Assomption de Marie, cette nouvelle église.

Pourtant, l’immédiat après-guerre ne favorisait pas une telle reconstruction, les subventions ne bénéficiant qu’aux sinistres du conflit 1939-1945. De plus la faiblesse des ressources communales ne permettait pas d’imaginer quelque assistance financière que ce soit de la part de la municipalité.

En l’absence de toute aide de l’État et de la commune, réduit à l’unique force de ses convictions, l’abbé Clément Grouet assistait enfin à l’accomplissement de son vœu le 10 janvier 1954.

 

1948-1953, comment financer la construction d’une église nouvelle à Guernes ?

Outre un emprunt de 5 000 000 de francs, lancé par l’Administration de l’Association Diocésaine de Versailles, le 12 août 1949, l’abbé Clément Grouet parcourt la France, de 1949 à 1953, pour solliciter les dons des fidèles.

S’investissant corps et âme dans cette mission, qu’il s’était fixé, l’abbé Grouet commande encore l’édition de centaines de cartes postales ; vendues au prix de quinze francs de l’époque[2], elles représentent l’église effondrée et son projet d’édification d’un sanctuaire nouveau.

Carte postale vendue par l'abbe GrouetCarte de format postal vendue par l'abbé Grouet pour financer la constrution d'une nouvelle église à Guernes.archive privée

Enfin, dans des documents familiaux, Roger, frère de l’abbé Clément Grouet, écrit que ce dernier s’est donné pour objectif de « créer et organiser LA FÊTE DES CERISES » au profit de la construction du nouvel édifice « avec le soutien du Maire, Monsieur Perraud[3], et de son Conseil municipal ».

La Fête des Cerises, la réalisation d’un succès

De la publicité

Hier comme aujourd’hui, la création d’un événement, visant à attirer un large public, nécessite la communication d’une véritable campagne publicitaire ; d’autant plus que la population du village de Guernes, réduite alors à 400 habitants,[4] ne pouvait pas constituer, à elle seule, une fréquentation suffisante pour cette Fête des Cerises. Il ne faut pas perdre de vue que le but de cette fête était de réunir des fonds pour la construction d’une nouvelle église à Guernes ; aussi Le Courrier de Mantes du 25 mai 1955 indique le tarif des entrées : 100 francs pour l’après-midi avec gratuité pour les enfants et de 300 à 500 francs en soirée avec demi-tarif pour les enfants.

Programme Fete des Cerises 1955
Programme de La Fête des Cerises du 29 mai 1955 accompagnant une invitation personnelle . collection de Madame Bis.archives diocésaines de Versailles

Alors, pour solliciter l’affluence du public, l’abbé Grouet multiplie les cartons d’invitation à titre personnel, les formulaires à glisser dans les boîtes à lettres, les annonces du programme de la fête dans la presse ; tant écrite, dans  Le Courrier de Mantes  et  Le Réveil de Mantes, que radiophonique.

Recto formulaire boites lettres 350 Verso formulaire boites lettres 350 Invitation personnelle Fete des Cerises 1955 350

Selon un usage consommé, reprenant l’air indémodable du Temps des Cerises, hérité du chant de la Commune[5], notre bon abbé y adapta ses propres paroles,

I
Il est revenu le temps des cerises
Guernes, la jolie, arbore en chantant
Sa rouge parure.
Sous la charge on voit ployer la parure ;
C’est le généreux cadeau du printemps.
Il est revenu le temps des cerises
Que chacun de nous plein d’espoir attend.

II
Par les cerisiers la plaine conquise
A la floraison et en un moment
Devient toute blanche.
Le merle moqueur siffle dans les branches
D’avance exprimant son contentement
Et les cerisiers qu’agite la brise
Ondulent là-bas paresseusement.

III
De beaux fruits vermeils notre gourmandise
Sait tirer partie de mille façons
Mettant sur nos tables.
Corbeilles de choix, boissons délectables ;
Coupes de confits sertis de glaçons.
Et nous dégustons ces choses exquises
La tête et le cœur emplis de chansons.

IV
Il est revenu le temps des cerises
Et notre récolte, à nos yeux ravis
S’annonce très belle.
Sur les bords de la Seine, la joie nous appelle
A fêter nombreux les fruits, frais cueillis.
Et grâce à nous tous la nouvelle Église
Nous accueillera de nouveau unis. »[6]

Sous la plume de l’astucieux abbé, le chant communard se mue en une ode à l’union pour l’édification d’une nouvelle église à Guernes. A nul n’échappera l’ironie d’un chant révolutionnaire, de la désunion donc, et d’une révolution résolument laïque encore, détourné en un chant d’union, destiné à recueillir des fonds pour la construction d’une église.

Une fréquentation exceptionnelle

En effet, l’abbé Grouet se démenait pour attirer à cette Fête des Cerises tout le Mantois ; obtenant un service « de cars ininterrompu »[7] « à partir de 14 heures » au départ de Rosny-sur-Seine, avec arrêts à la gare de Mantes-la-Jolie, en centre ville au syndicat d’initiative et au bout du pont de Limay. Ces mêmes bus assuraient le retour « jusqu’à 5 heures du matin ».[8] De même, sur place, un « parking » pour vélos, motos, « scooters » et autos accueillait les visiteurs motorisés de la fête. Avec l’organisation de ces transports collectifs et les moyens individuels de locomotion, nul étonnement que  Le Courrier de Mantes , du mercredi 31 mai 1950, affirme que « plusieurs milliers de spectateurs étaient là ».  Le Réveil de Mantes, du 3 juin 1955, signale que, « le soir », La Fête des Cerises réunissait « deux mille personnes, tant assises que debout » ; cinq fois la population guernoise de l’époque, ce qui reviendrait aujourd’hui, en 2018, à rassembler sur Guernes 5 500 personnes !

Un cadre remarquable

Ce succès populaire, de La Fête des Cerises à Guernes tient, avant tout, au pittoresque du cadre de cette « fête champêtre[9] » qui se déroule en bord de Seine. Là où se situe le débarcadère du bac qui assure la traversée depuis Rosny-sur-Seine, et près de « l’auberge du bac » appelée aussi « Le Bon Accueil ». A la belle saison, le cadre agreste et la douceur de vivre du lieu le rendent charmant. Ainsi, décrivant alors le site, les journalistes se font lyriques, le « cadre habituel de verdure dans l’île de Guernes[10] », « un pré verdoyant[11] », « le grandiose décor de la nature ».[12]

Toutefois, le succès de cette fête de plein air demeure soumis aux aléas météorologique et climatique. Ainsi, lors de La Fête des Cerises du 13 juin 1954, Le Réveil de Mantes[13] rapporte que « sous les averses … le temps a tout gâté », tandis que  Le Courrier de Mantes[14]  évoque les visiteurs, le soir, « sous les parapluies ».

Quant à La Fête des Cerises du 29 mai 1955, elle n’offrait à la vente que des cerises méridionales, à cause d’un printemps tardif et peu ensoleillé. En effet, selon le journaliste écrivant dans le Courrier de Mantes du premier juin 1955, les cerises du village n’apparaissaient que « dans le pudique peignoir du vert tendre espérance » !

Des « stands » variés et décorés

Souvent garnis de fleurs, les « stands » peuvent affecter des présentations diverses, un puits fournissant des cerises ou un « fort joli Moulin d’Alphonse Daudet » vendant « des objets utilitaires ».[15]  

La Fête des Cerises s’organise donc autour de « stands » variés, offrant bien sûr la vente de cerises, mais aussi de pâtisseries, de glaces, une buvette, un buffet avec dîners par petites tables, le tir avec fléchettes, le tir à la carabine, et le concours de la plus intéressante photo de la fête. A côté des manèges, Le Courrier de Mantes du 16 juin 1954 s’amuse à noter : « en particulier, le « stand » du « massacre » où figuraient peints sur bois par une artiste qui les connaît bien, les personnalités de la commune Monsieur le Maire, Monsieur le Curé, « l’Amiral » [ surnom du passeur manœuvrant le bac traversant la Seine de Guernes à Rosny], le Garde Champêtre. De nombreux amateurs n’ont pas eu peur de leur flanquer des balles dans la figure, pour les coucher sur la planche ». Imaginerait-on, aujourd’hui, un pareil défouloir ?

Des attractions ludiques, insolites, originales, féeriques …

En 1949, parmi ces attractions se trouvaient un train fleuri, « la Caverne d’Ali-Baba », un bal d’enfants costumés et en soirée un concours de barques illuminées, avec embrasement du bac et cascade lumineuse.[16] Féerie aussi avec les ballets lumineux de la compagnie « Deck » spécialiste des illuminations du château de Versailles qui éblouirent les spectateurs de la Fête des Cerises en 1949 et 1954.[17] Le mercredi 31 mai 1950, à côté d’un prestidigitateur phénoménal, Le Courrier de Mantes  souligne la présence du « bon géant Atlas », « mesurant 2 m 32 » et «  qui peut, d’une main, enserrer et tenir en l’air deux bouteilles de champagne » et le journaliste de conclure : « Essayez pour voir » ! Des groupes de gymnastes, de danseurs et de musiciens se produisent aussi devant le public ; en 1950, les « gracieuses fillettes et jeunes filles de « l’Étoile juzieroise » et « l’Harmonie de Juziers »[18] ; en 1955, « vingt-six enfants de huit à quatorze ans , du groupe folklorique « l’Espoir d’Auvergne » exécutent « les bourrées entraînantes de Saint-Flour ou d’Aurillac » et, en soirée, entre en scène « le groupe artistique des sapeurs-pompiers de Paris ».[19]

L’élection de la Reine des Cerises

En fin d’après-midi, chaque Fête des Cerises donne lieu à l’élection d’une Reine des Cerises et de ses deux demoiselles d’honneur. Ainsi, à la fin de mai 1950, dix- neuf communes avaient envoyé une candidate et, après une première sélection, «  il restait sept finalistes ». « Dix des éliminés [représentants des communes éliminées] formèrent gentiment le jury, auquel furent adjoints Monsieur Jean-Paul David [Député-Maire de Mantes-la-Jolie], Monsieur Lecoq, conseiller général et Monsieur le Maire de Guernes pour désigner la Reine ».[20] Le Courrier de Mantes  du 16 juin 1954 explique le sens de l’Élection de la Reine des Cerises en écrivant que « par ce geste » le « Comité des Fêtes » entend « récompenser les vertus morales et familiales qui sont à l’honneur dans nos campagnes ». A cet égard, il n’est point étonnant qu’en mai 1950, le choix se portât sur Mademoiselle Jacqueline Chemin, orpheline de mère depuis les bombardements de Mantes-la-Jolie en 1944, et qui se trouvait alors en traitement au sanatorium d’Aincourt. En effet, la « Reine de la Fête des Cerises de Guernes » se doit d’être jeune et belle, sans doute, mais également d’un comportement exemplaire. La Reine des Cerises peut recevoir l’équivalent de son poids en cerises ou la somme correspondante et de nombreux cadeaux, comme des parfums, une parure ou un manteau[21] auxquels s’ajoutent, en 1950, « une somme de 7500 frs offerte par Monsieur le Député-Maire de Mantes [Jean-Paul David] et les personnalités officielles »[22]. De même, le 16 juin 1954, Le Courrier de Mantes  précise que : « La Reine et ses demoiselles d’honneur reçurent l’écharpe, insigne de leurs fonctions, et de nombreux cadeaux en nature et en espèces grâce à des dons généreux » sous les « applaudissements de l’assistance qui ratifia ainsi le choix heureux fait par le jury ».

Une tombola offrant un gros lot exceptionnel

Le 9 juin 1957, la Fête des Cerises de Guernes s’accompagna d’une tombola dotée de lots très attractifs. En effet, les organisateurs proposaient de gagner un « scooter » de marque « Manhurin », un réfrigérateur « Frigéco », un aspirateur « Tornado » ou un des cinq électrophones « Philips », ou encore un des cinquante services à café de Gien mais surtout le gros lot exposé au milieu de la pelouse au jour de la fête ; une voiture Renault « Dauphine » ![23]

Tombola 1957
Tract pour la tombola « Demain mai 1957 le clocher sera terminé ». Collection de Madame Bis archives diocésaines de Versailles

Des artistes au renom pour le moins national

Chaque Fête des Cerises à Guernes doit aussi son succès à la présence, en première partie de soirée, d’un ou plusieurs artistes de renom passés désormais à la postérité dans l’histoire et le patrimoine de la chanson et de la musique françaises.

Ainsi, la Fête des Cerises du dimanche 28 mai 1950, reste, dans les mémoires des plus anciens Guernois, comme la soirée Jean Nohain. En effet, Jean Nohain (1900-1981), parolier de centaines de chansons et créateur mais aussi animateur d’émissions à la radio comme « La Reine d’un jour »[24], Jean Nohain donc se produisit à Guernes avec toute sa « trépidante équipe »[25], dans une représentation de plein air intitulée « le tir aux chansons ». Le dimanche de la Pentecôte du 29 mai 1955, par un temps splendide, ce fut le groupe exceptionnel des « Compagnons de la Chanson », connu dans la France entière et à l’étranger, qui constitua « sans conteste », «  le clou de cette [douce] et magnifique soirée »[26] de la Fête des Cerises. Le récital de ces « Compagnons de la Chanson » par « la qualité de leurs interprétations [enchanta] le public qui ne ménagea pas ses acclamations »[27]. Du fait d’une grande proximité géographique, il est permis d’imaginer que l’abbé Clément Grouet, curé de Guernes, a eu une grande facilité à rencontrer Fred Mella, d’origine italienne, ténor et soliste « Compagnon de la Chanson » de 1946 à 1985, installé dans sa magnifique maison de Goupillères et que l’on pouvait croiser fréquemment le samedi, jour de marché, à Mantes-la-Jolie. Quant à la Fête des Cerises du dimanche 9 juin 1957, elle a vu la participation bénévole de Georges Guétary (1915-1997), chanteur d’opérette et de variété françaises mais aussi vedette de cinéma. Imaginez, aujourd’hui, Roberto Alagna se produisant gratuitement à Guernes !

Programme soirée Jean Nohain Fête des Cerises  1950 1170Programme de la soirée Jean Nohain pour la Fête des Cerises du dimanche 28 mai 1950 à Guernes. archive privée

De tels artistes ne pouvaient, aux dires des journalistes du temps, que drainer des foules considérables, tant ils étaient populaires par leurs disques et sur les ondes des radios qui « passaient » leurs succès. De même, certains d’entre eux étaient connus par leurs rôles au cinéma.

Pourtant, justement, ce qui rendait « Les Fêtes des Cerises » à Guernes si populaires, c’était qu’elles se terminaient, en deuxième partie de soirée, et parfois jusqu’au petit matin, par des bals dits populaires animés par des orchestres de renom.

Des orchestres populaires de talent

Effectivement, La Fête des Cerises à Guernes s’achevait toujours par un « GRAND BAL DE NUIT » avec des orchestres comme celui dirigé, en 1955, par « WILLY ROBIN » spécialiste du Jazz à la Cité Universitaire. En 1957, l’orchestre « REMI REMISE » entraîna un public enthousiaste.

Cependant, le plus fameux avait été en 1950, le Grand Orchestre ROGER-ROGER. Ce musicien hors pair de la musique symphonique légère qui avait accompagné avec son grand orchestre des chanteurs aussi exceptionnels que Maurice Chevalier, Édith Piaf, Jean Sablon ou Charles Trenet. ROGER-ROGER a composé aussi la musique si élégante qui accompagne la scène de la pantomime dans le film culte de Marcel Carné « Les Enfants du Paradis ». Il a été sollicité aussi pour écrire la musique du générique de l’émission de radio « La Reine d’un jour ». C’est dire encore que La Fête des Cerises offrait des orchestres de renom qui ne pouvaient qu’attirer et faire danser, tard dans la nuit, un large public.

Quant au final du bal populaire de 1955, qui succéda aux interprétations des « Compagnons de la Chanson », je ne peux pas m’empêcher de citer le journaliste

du  Réveil de Mantes du 3 juin 1955 qui écrivait : « Un peu après minuit et comme à regret la foule se dispersa en partie, car le bal de nuit retint de nombreux couples jusqu’à l’aube, [qui] s’en donnèrent à cœur joie, entraînés par un orchestre de valeur. Dans la nuit des trompes de chasse se firent entendre et les airs de vénerie furent très appréciés. Un « Bonsoir Breton » et les « Adieux de la forêt de Paimpont » furent goûtés des connaisseurs après le spectacle. On s’en alla sur une note gaie que l’on entendait de loin en loin se répercuter d’échos en échos dans cette si riante vallée. » J’ai envie de dire : « fermez le ban » !

Conclusion

Aujourd’hui, La Fête des Cerises n’a plus lieu à Guernes ; mais dès 1957, elle avait atteint son but, c’est-à-dire, à travers des loisirs profanes, contribuer à la reconstruction d’une église dans le village ce qui peut paraître quelque peu paradoxal et constitue, vous le concéderez, une histoire inattendue, originale, inimaginable que j’ai abordée succinctement dans un ouvrage plus complet consacré à l’église Notre-Dame de Guernes. 

Pourtant, au printemps 2008 et au printemps 2010, avec le concours du Parc naturel régional du Vexin français, Monsieur Bernard Bourget, alors Maire de Guernes, et son conseil municipal, ont tenu à rappeler aux élèves de l’école primaire du village et aux parents de ces élèves, l’importance qu’avait revêtu l’arboriculture des cerisiers sur ce territoire communal et ceci en liaison avec la cerise de Villers-en-Arthies dans le Val d’Oise voisin.

Par conséquent, à travers la fête dans les Yvelines, thème de ce congrès d’histoire départementale et de l’histoire finalement locale ou simplement communale  La fête des Cerises à Guernes  mon sujet laisse un patrimoine matériel mon intervention ici et sa publication dans « Histoire des Yvelines N° 7 », quelques articles de la presse locale de l’époque, voire du journal d’envergure nationale La Croix, mais aussi quelques vestiges de vergers, de cerisaies à Guernes. Du reste, cette Fête des Cerises à Guernes laisse aussi un patrimoine immatériel à travers les témoignages oraux des anciens Guernois ou Guernoises et j’ai voulu, avec ce texte et cette intervention devant vous, faire mémoire de ces patrimoines matériel et immatériel afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli.

Ps : Monsieur Daniel Hiloux, Monsieur Alain Enault, ancien Maire de Guernes (dont le père menuisier construisait les estrades, les stands… de La fête des cerises) acteurs et témoins de cette manifestation, Monsieur et Madame Claude Werbinski aussi usagers de cette réjouissance populaire et Madame Geneviève Favereau née Béguin témoin indirect ayant recueilli la mémoire de ses parents n’ont pu que me confirmer sur tous les points la rigueur de mes propos au sujet de cette fameuse Fête des Cerises à Guernes.


  • [1] - Monseigneur Renard deviendra plus tard cardinal archevêque de Lyon et primat des Gaules.
  • [2] - Rappelons que cent francs représentent alors le salaire horaire moyen.
  • [3] - M. Marcel Perraud conseiller municipal de 1935 à 1947 et maire de Guernes de 1947 à 1971.
  • [4] - Guernes de 1900 à nos jours Daniel Dumont, Jean-Paul Landrevie, Michèle Martinez, Claire Morice Imprimerie Gerbert 28 décembre 2001.
  • [5] - Commune de Paris : gouvernement révolutionnaire du 18 mars au 27 mai 1871.
  • [6] - Archives privées et familiales de Madame Jacqueline Seignol fille du Maire de Guernes Marcel Perraud.
  • [7] - Annonce du Courrier de Mantes du mardi 31 mai 1949
  • [8] - Annonce du Courrier de Mantes du 25 mai 1955
  • [9] - Le Courrier de Mantes du mercredi 31 mai 1950
  • [10] - Le Courrier de Mantes 11 mai 1955.
  • [11] - Le Courrier de Mantes 16 juin 1950.
  • [12] - Le Courrier de Mantes  16 juin 1954.
  • [13] - Le Réveil de Mantes  du vendredi 18 juin 1954.
  • [14] - Le Courrier de Mantes  du mercredi 16 juin 1954.
  • [15] - Le Courrier de Mantes  du premier juin 1955.
  • [16] - Le Courrier de Mantes  du 31 mai 1949.
  • [17] - Le Courrier de Mantes des 31mai 1949 et 9 juin 1954.
  • [18] - Le courrier de Mantes du 31 mai 1950.
  • [19] - Le Courrier de Mantes  du 25 mai 1955.
  • [20] - Le Courrier de Mantes  du 31 mai 1950.
  • [21] - Notre-Dame de Guernes … un écrin méconnu ! Jean-Paul Landrevie COREP janvier 2018.
  • [22] - Le Courrier de Mantes du 31 mai 1950.
  • [23] - Le Réveil de Mantes du 14 juin 1957.
  • [24] - Le Courrier de Mantes du 31 mai 1950.
    Dans cette émission, une Française, prise au hasard, devient la Reine d’un jour et radio-Luxembourg réalise son vœu le plus cher, en échange de ses impressions.
  • [25] - Le Réveil de Mantes du 2 juin 1950.
  • [26] - Le Réveil de Mantes du 3 juin 1955.
  • [27] - Le Réveil de Mantes du 3 juin 1955.